Appliquer les techniques de contre-discours (Exemples et mises en situation)
Voici des exemples de commentaires à risque et des exemples de réponses basées sur le contre-discours (voir fiche 2). Vous pouvez vous baser sur les réponses et les adapter à votre situation.
Mise en situation 1
Les femmes trans et le sport
Les femmes trans dans le sport féminin, c'est injuste. Elles ont des avantages biologiques évidents. On sacrifie l'équité sportive pour être inclusifs.
Il ne faut pas oublier que derrière ces débats, il y a des vraies personnes qui ont investi des années dans leur sport et qui devraient, comme tout le monde, pouvoir s'épanouir dans leur passion. Les enjeux d’équité sportive sont complexes et méritent des discussions nuancées. Pour avancer, nous devons réfléchir à comment mieux les inclure plutôt qu'à comment les exclure.
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Le sport, c’est injuste! Les personnes qui mesurent 6 pieds 3 ont plus de chances d’être sélectionnées dans une équipe de basket que celles qui mesurent 5 pieds 4! Et personne n’en fait un cas!
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Réponse de type « empathique ou humanisante » parce que le commentaire présente des propos qui déshumanisent un groupe, dans le cas présent, les femmes trans dans le sport. Réponse de type « humoristique » puisque le commentaire banalise la situation des athlètes trans dans le sport. Ce type de réponse permet de désamorcer la situation sans attaquer l’auteur·trice.
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Mise en situation 2
La montée de l'homophobie est causée par les immigrant·es
On ne peut quand même pas nier que depuis qu'on a accueilli plus d'immigrants de certains pays, l'homophobie a augmenté. Ce sont juste des faits.
En fait, selon la récente étude du GRIS-Montréal, la montée de l’homophobie chez les jeunes est davantage liée au climat social polarisé autour des sujets LGBTQ+, aux prises de positions des figures politiques sur nos enjeux et à la circulation de discours masculinistes sur les réseaux sociaux. La montée de l’intolérance est réelle, mais elle ne s’explique pas par des facteurs démographiques comme la religion ou l’immigration. Voici le rapport de recherche du GRIS-Montréal pour avoir plus d’informations si ça t’intéresse : https://www.gris.ca/app/uploads/2025/01/GRIS_rapport-final_30jan2025.pdf
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Une nouvelle recherche de la FAE montre que la montée de la misogynie, de l’homophobie et de la transphobie s’observe tout autant dans des classes où il n’y a pas de jeunes immigrant·es. Consulte le rapport pour en apprendre plus : https://www.lafae.qc.ca/public/file/2026_Rapport_montee_misogynie_homphobie_transphobie-Francis-Dupuis-Dery.pdf
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Réponse de type « factuel » puisqu’il y a présence de désinformation dans le commentaire en identifiant faussement l’immigration comme cause de la montée de l’homophobie au Québec à l’immigration. La réponse de type « factuel » permet de corriger la fausse information avec des données vérifiées.
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Mise en situation 3
Le féminisme est nuisible pour les hommes
On parle toujours des droits des femmes et des minorités, mais jamais des hommes. Aujourd’hui, être un homme, c’est être automatiquement vu comme un oppresseur. Le féminisme est allé trop loin et discrimine les hommes ordinaires.
Il ne faut pas perdre de vue que le féminisme vise l'égalité des genres. Il ne cherche pas à pointer du doigt des individus, mais il essaie de comprendre et déconstruire des dynamiques sociales plus larges, pour le bénéfice de tout le monde, y compris des hommes.
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Réponse de type « normatif » puisqu’on veut faire un rappel d’une valeur partagée, dans ce contexte-ci l’objectif du féminisme, sans nécessairement ouvrir la porte à un débat.
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Mise en situation 4
Les toilettes mixtes sont dangereuses pour les femmes et les enfants
Les toilettes mixtes, c’est une très mauvaise idée. On met femmes et enfants à risque juste pour accommoder une minorité. On ne sait pas qui peut entrer, et ça ouvre la porte à des abus.
Les femmes trans sont beaucoup plus susceptibles de subir des violences dans les toilettes publiques que les femmes cisgenres ne sont susceptibles d’y être agressées par des femmes trans. Si l’enjeu est réellement la sécurité, il faut regarder où se situe le risque.
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8 femmes trans sur 10 évitent les toilettes publiques par crainte d’y être intimidées ou agressées. Faire en sorte que tout le monde puisse utiliser un service de base comme une toilette sans se faire humilier ou violenter, ce n’est pas un accommodement, c'est la base.
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Réponse de type « factuel » puisque le commentaire contient des propos qui propagent de la désinformation en affirmant que les femmes et les enfants ne sont pas en sécurité dans les toilettes mixtes. Cette réponse permet de corriger l’information avec des données vérifiées. Réponse de type « empathique » parce que le commentaire présente des propos qui invisibilisent la situation d’un groupe, dans le cas présent, la violence que peuvent vivre les femmes trans dans les toilettes publiques non-mixtes. Cette réponse vise à humaniser les femmes trans et mettre en avant leurs réalités.
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Mise en situation 5
Les soins transaffirmatifs chez les enfants
Je suis mal à l’aise avec l’idée d’interventions médicales liées à la transition chez des enfants. On entend aussi parler de personnes qui détransitionnent plus tard et qui disent regretter certaines décisions. Ça ne devrait pas être disponible avant d’avoir 18 ans.
La grande majorité des personnes trans pourrait vous raconter à quel point leur parcours a été long avant d’en arriver à transitionner. Ce n’est jamais une décision prise à la légère et les parcours trop rapides n’existent pratiquement pas : il faut généralement compter des mois, voire des années, avant une prise en charge. La difficulté d’accéder à des soins est d’ailleurs un grave problème.
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Les soins liés à la transition chez les jeunes sont encadrés par des protocoles médicaux stricts qui ne laissent rien au hasard. Les personnes qui détransitionnent existent et ont besoin de soins et de services adaptés. Cela dit, il faut garder en tête que moins de 2,5 % des personnes ayant entamé un parcours trans souhaitent revenir en arrière : c’est très peu. Et ce n’est pas toujours lié au regret : la détransition peut aussi être liée à une évolution de l’identité de genre, au manque de soutien des proches, au rejet ou à des contraintes financières.
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Réponse de type « narratif/témoignage/solidarité » puisqu’il y a présence de propos qui minimisent ou invalident les besoins d’un groupe. Dans ce contexte-ci, en affirmant que les soins transaffirmatifs ne devraient être disponibles qu’à l’âge de 18 ans, on invisibilise les jeunes pour qui avoir accès à ces soins avant 18 ans est nécessaire et positif. Ce type de réponse permet de mettre de l’avant le point de vue du groupe invisibilisé et de mettre de l’avant notre soutien à ceux-ci. Réponse de type « factuel » puisqu’il y a présence de mésinformation dans le commentaire qui déforment les faits à propos des soins transaffirmatifs chez les jeunes. La réponse de type « factuel » permet de corriger la fausse information avec des données vérifiées.
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Mise en situation 6
Contamination sociale
À force de parler de diversité de genre partout, à l’école, dans les médias, sur les réseaux, etc., on crée des problèmes qui n’existaient pas avant. Les jeunes sont influençables, surtout à l’adolescence. Ce n’est pas de la haine, mais quand on pousse constamment l’idéologie de genre, c’est normal que certains se disent queer alors qu’ils ne l’auraient jamais fait autrement. On devrait peut-être arrêter d’en parler autant.
Les recherches montrent que la visibilité n’augmente pas le nombre de personnes LGBTQ+, mais qu’elle réduit l’isolement et la détresse. En parler, c’est une question de sécurité et de bien-être, pas d’idéologie.
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Beaucoup de personnes de la communauté LGBTQ+ disent plutôt que si des séries comme Heartstopper ou Sex Education avaient existé durant leur adolescence, elles auraient pu mieux se comprendre plus tôt et s’épargner des années de questionnements et de souffrance.
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Si l’identité se transmettait par imitation, tous les ados des années 2000 seraient des vampires à cause de Twilight.
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Réponse de type « factuel » puisqu’il y a présence de désinformation dans le commentaire en affirmant que parler de diversité crée de la contamination sociale. La réponse de type « factuel » permet de corriger la fausse information avec des données vérifiées. Réponse de type « narratif/témoignage/solidarité » parce que le commentaire minimise les bienfaits de la représentation des communautés LGBTQ+ dans les médias pour les jeunes qui se posent des questions. Cette réponse vise à rappeler les besoins réels du groupe ciblé par le commentaire à risque.
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Mise en situation 7
La complexité du langage inclusif
On ne peut plus rien dire sans se faire corriger. Avec le langage inclusif, on complique tout pour rien et on finit par effacer les femmes. À force de vouloir enlever les genres et inventer des mots, on perd des repères importants. Ce n’est pas de la haine, mais on demande trop aux gens ordinaires et ça va trop loin.
Selon l’OQLF, l’écriture inclusive désigne au Québec un type de rédaction qui « permet de s’adresser à des groupes diversifiés (pour que chaque membre s’y sente inclus), aux personnes dont on ignore le genre ou aux personnes non binaires ». Il ne s’agit donc pas d’effacer les femmes ni d’enlever le genre, mais de tenir compte de tout le monde. On peut être inclusif en se tournant vers des mots qu’on utilise déjà au quotidien. ➡️ Partenaire au lieu de conjoint/conjointe/chum/blonde ️️➡️ Spécialiste au lieu de expert/experte Le français compte déjà plein de mots qui sont neutres et qui incluent tout le monde: pas besoin de réinventer la roue! C’est plus facile qu’on le pense l’écriture inclusive. 😊
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Réponse de type « factuel » puisqu’il y a présence de désinformation dans le commentaire en affirmant que le l’utilisation du langage inclusif efface les femmes. La réponse de type « factuel » permet de corriger la fausse information avec des données vérifiées.
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Mise en situation 8
La biologie est binaire : le reste, c’est de l’idéologie
Il n’y a que deux sexes biologiques, homme et femme. Le reste, c’est de l’idéologie. La biologie est simple et immuable, inutile de compliquer les choses avec des exceptions.
En biologie, le sexe ne se résume pas à deux catégories parfaitement étanches. La génétique, l’endocrinologie et la médecine documentent des variations naturelles des chromosomes, hormones et des anatomies qui ne correspondent pas strictement aux catégories mâle ou femelle. Ce n'est pas idéologique : c'est de la rigueur scientifique.
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Il y a des choses difficiles à accepter, mais on n'a pas le choix : la biologie n'est pas binaire et la terre n’est pas plate. Ça va être correct.
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Réponse de type « factuel » puisqu’il y a présence de désinformation dans le commentaire en affirmant qu’en biologie il n’y a que deux sexes. La réponse de type « factuel » permet de corriger la fausse information avec des données vérifiées. Réponse de type « humoristique » puisque le commentaire invisibilise ce que les expert·e·s en biologie affirment à propos des sexes biologiques. Ce type de réponse permet de désamorcer la situation (en évitant d’attaquer évidemment).
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